Me Prosper Farama à Djibrill Bassolé, “Je suis content que vous comparaissez avec vos cheveux”

Me Bénéwendé Sankara

Quand il a la parole dans ce procès du coup d’Etat, les accusés ne sont guère tranquilles. Qu’ils soient simples soldats, sous-officiers, officiers ou Généraux, ils ne sont pas ménagés. Malgré le sang-froid reconnu à certains ”illustres accusés”, ils finissent par craquer sous le flot des questions pointues de Me Prosper Farama. Au passage, il n’hésite pas à leur rappeler leur passé de bourreaux. Il en a été ainsi pour plusieurs accusés, notamment le Colonel Major Boureima Kiéré et le Général Gilbert Différend.  Le Général Djibrill Bassolé à la barre n’a pas fait exception. Dans la soirée du 11 janvier 2019, l’avocat lui a rappelé son passé de ministre en charge de la sécurité, quand il faisait arrêter et raser certains militants du collectif   pour avoir manifesté contre l’imputé. “C’est cynique” de dire qu’on aurait dû donner de l’argent aux victimes du coup d’Etat  pour qu’ils se soignent, et passer à autre chose, a aussi lancé Me Farama à Djibrill Bassolé qui avait estimé qu’on aurait pu gérer le procès autrement.

 

Le Général Djibrill Bassolé a refusé de répondre aux questions liées à ses communications téléphoniques interceptées. Pour sa défense, il a soutenu  que cela s’est fait en totale violation de sa vie privée, et cela est illégal alors que lui est attaché à la légalité. Il n’en fallait pas plus pour que Me Prosper Farama se mette à lire les transcriptions de ses conversations avec le président de l’assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro. “C’est ça la légalité ?”, lui demandera-t-il ironiquement en ajoutant que c’est en public qu’il  affiche l’image du personnage légaliste.

 

Tout comme il avait fait savoir au Colonel major Boureima Kiéré et le Général Gilbert Diendéré qui ont eux au moins pu comparaitre vivants pour s’expliquer sur des faits de coup d’Etat, alors que certains n’ont pas eu cette chance à une certaine époque, il a encore rappelé au Général Djirbrill Bassolé son passé. “Je suis content de voir que vous comparaissez avec vos cheveux”, lui a-t-il lancé. Précisant son propos, il ajoutera que quand ils étaient aux affaires, ils ont fait raser des citoyens Burkinabè qui manifestaient contre l’impunité… Effectivement,  comme l ‘écriait Bendré dans son numéro 76 du 17 avril 2000, il y a eu une « volonté d’humilier d’honnêtes citoyens, coupables d’avoir simplement voulu jouir de leurs droits de réunion et de manifestation. De ces nombreux actes d’humiliation, nous retiendrons : l’arrestation manu militari et en pleine rue de Me Sankara Bénéwendé, une cinquantaine de militants et responsables (dont le président, les deux vices présidents et un rapporteur) ont été rasés malgré eux et sous la menace des armes ; Beaucoup d’entre eux ont été contraints de porter (à hauteur de poitrine) des ardoises d’écoliers sur lesquels étaient inscrits leurs noms, prénoms et date de naissance… Comme s’il s’agissait de vulgaires voleurs, des pères et mères de famille, médecins, enseignants d’université, ingénieurs, magistrats, petits entrepreneurs ont dû se coucher à même le sol dans une salle exiguë, insalubre rendue malodorante par des vomissures… »

 

Impunité, quand tu nous tiens…

 

Aussi, alors qu’ils répondaient aux questions, l’accusé Djibrill Bassolé a estimé que ce procès n’aurait pas dû se tenir de cette façon. Selon lui, il aurait fallu régler l’affaire autrement. Par exemple, donner des millions aux victimes qui ont reçu des balles pour qu’ils aillent se faire soigner, au lieu de venir chaque jour depuis des mois, pour écouter des débats menés dans un français qu’ils ne comprennent même pas. Cette façon de voir les choses a courroucé Me Prosper Farama. “C’est cynique”, note l’auxiliaire de justice pour qui, c’est la preuve que la vie humaine, l’intégrité physique n’a pas de grande valeur pour l’accusé. “Ce ne sont pas des corps humains à vendre”, tranchera-t-il. Plus loin, il rappellera qu’effectivement c’est ce qui a toujours prévalu dans ce pays. Tuer des gens, dédommager leurs ayants droit, organiser une journée de pardon. Il faut que cela s’arrête. L ‘on se souviendra qu’’à l‘époque, lorsqu’un journaliste lui demande à propos des manifestants, (Vous tireriez donc à balles réelles ? Djibril Bassolé avait répondu ; “Je souhaite que cette hypothèse ne se présente point. Mais en cas de nécessité absolue et pour protéger des vies en péril, les forces de sécurité ne pourront que neutraliser les auteurs d’une telle menace en faisant usage de leurs armes”. Djibril Bassolet in observateur Paalga du 20/04/2000.

Bref…Alors par “décence”, l’accusé devrait laisser les victimes dire ce qu’ils veulent, a poursuivi l’avocat des victimes. En l’occurrence, il  explique  que ce que les victimes veulent c’est que ceux qui sont pénalement responsables du coup d’Etat et des morts qui s’en sont suivis soient condamnés avec la plus grande sévérité. Ce, afin que pour la boulimie du pouvoir, aucun Burkinabè ne tue d’autres Burkinabè.

D’ailleurs regrettera Me Prosper Farama, c’est toujours le bourreau qui peut tenir ce genre de discours. “Il est plus facile de donner de l’argent aux autres pour qu’on en parle plus quand il ne s’agit pas de son enfant, son mari, sa femme…” qui est mort, conclue-t-il.

Et le président du tribunal de demander au Général Djibrill Bassolé s’il a quelque chose à dire en réaction aux observations de l’avocat. D’une petite voix, il répond, “Non Monsieur le Président”.

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