Rentrée scolaire 2020-2021 : Y’aurait-t-il un espoir pour les enfants exclus du Sahel et de l’Est ?  

Crédit photo: SOS Solidarité

Bientôt, au Burkina Faso, les élèves et les étudiants reprendront le chemin de l’école/de l’université. Nous sommes déjà ou presque, à la rentrée 2020/2021. C’est un moment de joie pour certains apprenants, d’inquiétude pour d’autres et de questionnement pour les parents.  Malheureusement, dans plusieurs régions du pays au nombre desquelles figure la région du Sahel, cette année encore, des dizaines de milliers d’élèves et de parents pourraient ne pas avoir la ‘‘chance’’ de vivre ces instants de ‘‘joie’’, ‘‘d’inquiétudes’’ ou de ‘‘questionnement’’.

Au-delà de la problématique du droit à l’éducation que soulève l’exclusion de fait de milliers d’enfants de l’école dans les régions à fort défis sécuritaire, c’est l’avenir même du pays tout entier qui se joue particulièrement au Sahel, au regard de la situation de l’institution scolaire dans cette partie du pays. Il apparaît de plus en plus dans toutes les provinces de la région, que le doute cède progressivement la place à la certitude d’une inévitable fermeture à terme, si la tendance ne s’inverse pas, dès maintenant, de tous les établissements scolaires ou presque. Déjà dans la province du Soum, durant l’année scolaire 2019-2020, seuls quelques établissements d’enseignement ont pu fonctionner dans la ville de Djibo. Dans la province de l’Oudalan, il n’y avait que les villes de Gorom-Gorom et de Markoye (primaire dans cette dernière ville) qui avaient pu tenir. Dans la province du Yagha, tout était fermé à un moment donné. C’est dans le Séno que la situation était plus ou moins stable jusqu’au premier trimestre de l’année scolaire 2019-2020. Dans cette province, seule la commune de Gorgadji était fortement touchée.

A la veille de la rentrée scolaire 2020-2021, il faut craindre que tout se ferme au Soum, dans l’Oudalan et le Yagha et que très peu d’écoles fonctionnent au Séno. Si rien n’est fait dans les semaines à venir, il faut s’inquiéter pour l’avenir de l’école même dans la province du Séno. Toutes les communes de la province pourraient être fortement touchées, y comprises les grandes communes de Dori et de Bani, malgré l’accalmie actuelle, si des dispositions ne sont pas rapidement prises pour anticiper sur cette éventualité.

 

« Sauver des dizaines de milliers d’enfants de l’ignorance et de la pauvreté »

 

L’on a besoin juste de rassurer les enseignants et les populations. Un tout petit effort d’anticipation, de communication et de prise de mesures suffit pour sauver l’école ou ce qu’il en reste au Sahel. S’impose à nous, plus que jamais, l’impérieux devoir de tout mettre en œuvre pour que les établissements primaires et secondaires des villes de Djibo, Arbinda, Gorom-Gorom, Markoye et Sebba soient fonctionnels cette année. Au Séno, il y a peu de problèmes, jusque –là, excepté plus ou moins la commune de Gorgadji.

Il s’agit de sauver des dizaines de milliers d’enfants de l’ignorance et de la pauvreté, deux sources majeures de l’extrémisme violent. Un homme sans perspective s’assimile à un opprimé. Il l’est peut-être. Ce qui est certain, c’est qu’il est un potentiel insurgé. Plus nous aurons de marginaux, plus notre vivre-ensemble sera difficile et les perspectives de gagner la lutte contre l’extrémisme violent compromises. Et il est évident que la fermeture d’écoles dans bien de régions, en particulier au Sahel, est porteuse de tous les dangers pour notre pays. Il est donc utile d’œuvrer à restaurer l’institution scolaire dans les localités de la région, à commencer par les villes de Djibo, Arbinda, Gorom-Gorom, Markoye et Sebba. Des enfants ont passé l’examen du Certificat d’Etudes Primaires (CEP), session de 2020, un peu partout. D’autres sont dans certaines localités comme Arbinda, Markoye, Déou, Djibo… et privés d’écoles depuis au moins deux ans. Nous sommes à une étape très importante de notre résilience face à l’extrémisme violent : celle d’arrêter la saignée des écoles pour ne pas renforcer le vivier de recrutement des groupes armés non étatiques. Les efforts de restauration de l’Etat, doivent, plus que jamais, être orientés vers la restauration de l’école en particulier au Sahel et dans l’Est.

Que pensons-nous qui va advenir de nos sociétés dans un avenir plus ou moins proche, avec ces dizaines de milliers d’enfants privés de l’un de leurs droits les plus fondamentaux : le droit à l’éducation ? Aujourd’hui ils sont de tous petits enfants et d’adolescents. Avec leurs parents, ils gardent encore l’espoir de renouer avec l’apprentissage. Si dès cette rentrée les choses ne commencent pas à se normaliser, à s’inverser, il faut craindre que la possibilité de rouvrir les écoles au Sahel et dans l’Est en particulier, soit compromise et devienne très onéreuse en ressources de toutes sortes par la suite. Quand l’essentiel sera détruit. Si l’on ne prend pas des mesures susceptibles de permettre la reprise progressive des classes  au Sahel et dans l’Est, nous serons obligés d’investir des fortunes inestimables dans les années à venir, sans une garantie de succès, pour reprendre l’éducation des enfants dans ces régions.

« Il y a un temps pour chaque chose »

Nous pensons que la rentrée 2020-2021 est celle qu’il faut sauver en investissant suffisamment pour la restauration de l’école dans toutes les régions à fort défis sécuritaire en général et au Sahel et dans l’Est en particulier. On peut encore avec certaines approches pédagogiques, sauver l’essentiel si les enfants reprennent le chemin de l’école. Plus le temps passe, plus cela deviendra difficile pour ne pas dire impossible. Mettons les moyens nécessaires pour que les enfants reprennent le chemin des écoles primaires et secondaires dans les villes de Djibo, Arbinda, Gorom-Gorom, Markoye, Sebba et dans tous les chefs-lieux des communes au Séno. Il faut commencer quelque part à inverser la tendance, à gagner. Œuvrer pour qu’il en soit de même dans les autres zones fortement touchées par le phénomène de l’extrémisme violent. C’est possible. La reprise des cours pour les élèves des classes d’examen dans le contexte de la pandémie de la covid 19 est un exemple illustratif de cette possibilité.  Peut-être que l’on peut recourir au volontariat après une évaluation des besoins des populations et des enseignants. De toutes les façons, la fermeture continue/progressive des écoles primaires et secondaires, donne aux enfants exclus du système scolaire, les raisons et les moyens de pérenniser et de renforcer malgré eux, une situation déjà assez dramatique. Il y a un temps pour chaque chose.

Elhadji BOUBACAR

IEPD/ boubacar.elhadji@yahoo.fr

 

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