Terrorisme au Burkina: MOïSE, LE SAUVEUR ?

Le nouveau CEMGA doit veiller à ce qu’il y ait une coordination entre les différentes forces intervenants dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Un cadre de concertation permanente des unités anti-terroristes doit être rapidement créé.

Le nouveau CEMGA doit veiller à ce qu’il y ait une coordination entre les différentes forces intervenants dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Un cadre de concertation permanente des unités anti-terroristes doit être rapidement créé.

Oumarou Sadou est congédié. Le Général Moïse Miningou est appelé au gouvernail de l’arsenal de défense du Burkina Faso. En espérant qu’il fera sien le principe qui dit que la meilleure défense, c’est l’offensive.

Le 28 décembre 2016, en installant Oumarou Sadou dans le fauteuil chaud laissé par le Général Pingrenoma Zagré, Roch Marc Christian Kaboré, le président du Faso, visait deux objectifs. Un, bien évidemment contenter ceux qui pensaient que Zagré n’était plus à la hauteur de la tâche et mettre aux commandes un chef qui devrait plus rassembler large au sein de la troupe et livrer une estocade mortelle au terrorisme qui avait « conquis » le Sahel et faisait des incursions meurtrières dans la capitale.

Le second objectif avait pour objet de toucher la fibre morale des habitants du Sahel. Un « fils » du terroir à la tête de l’armée devrait rassurer, donner plus confiance, plus envie de se confier aux forces armées nationales. La nomination d’un ressortissant de cette partie du Burkina, délaissée  pendant longtemps par les autorités publiques et politiques,  devrait donner l’impression d’une prise en compte des populations, et susciter cette collaboration si indispensable à l’action efficiente des citoyens.

Cependant, deux ans après cette option prise par le Chef de l’Etat, la situation a pris des tournures dramatiques. Les éléments des forces de défense et de sécurité sont tués à la pelle. Les cimetières sont gorgés d’hommes en armes tués par les engins piégés des terroristes. Des civils sont assassinés chez eux continuellement, sans une réaction conséquente, sans des poursuites valables et dissuasives. Des écoles sont brûlées, fermées et des milliers d’enfants sont à la rue, sans repère.

Et pour couronner le tout, la gangrène terroriste a contaminé l’Est, le Centre-Est, le Nord, le Centre-Nord et la Boucle du Mouhoun. La décision d’instaurer un état d’urgence dans 14 provinces du pays est  la preuve à suffisance que la solution Sadou n’a absolument rien résolu. Et que le critère ethnique du Chef d’état-major général des armées n’est pas techniquement opérant. Le terrorisme est aveugle, n’a pas d’ethnie, pas de race et est surtout sans état d’âme.

Il faut donc trouver une autre solution. Roch Kaboré a fait le choix de Moïse Miningou. Son CV est très riche et révèle le parcours d’un artificier. Il a en effet fait ses armes dans l’artillerie et est bardé de médailles. Mais dans le Burkina actuel, les décorations et les grades ne suffisent plus.

Les travaux de Moïse

Il faut à Moïse Miningou d’être vraiment équipé comme son homonyme qui a conduit les fils d’Israël à la terre promise. D’abord, l’une de ses tâches est de se faire accepter par la troupe. Commandant du Groupement central des armées avant d’être promu au plus haut poste militaire dont peut rêver un soldat, il est à espérer que l’ancien colonel-major a su cultiver la proximité avec la troupe et qu’il sait se faire écouter.

Avec autant de militaires tombés, il n’est pas besoin de signes cabalistiques pour comprendre que le moral a des raisons de flancher au niveau des soldats. Il faudra donc à Moïse Miningou de savoir être proche des hommes, de partager leur vécu, leurs difficultés et d’être à leur écoute. Une oreille attentive est toujours une consolation pour une âme en peine, même si elle ne peut la soigner.

Ensuite, il lui faut avoir une vision claire de la tactique qu’il faudra employer pour venir à bout de l’hydre. Des voix murmurent que l’armée burkinabè a surtout mal à son commandement. Les bons hommes ne sont pas aux bonnes places et les décisions ne sont pas toujours les meilleures qui sont prises. L’ancien chef d’état-major de l’armée de terre saura-t-il donner les ordres qu’il faut, au bon moment et avec une efficacité exemplaire ? C’est tout le mal qu’on peut lui  souhaiter.

Enfin, le Général Miningou devra avoir l’indépendance d’esprit nécessaire pour dire les vérités au décideur politique. Le Burkina n’a actuellement pas besoin d’un chef d’armée qui attend que toutes les décisions viennent « d’en haut ». Il devra faire preuve d’assez de courage pour critiquer de façon constructive les orientations qu’on lui donne et avoir l’honnêteté de dire que le chemin adopté conduit à un mur en acier. La réalité du terrain commande la manœuvre et cette réalité est souvent très différente de celle des bureaux feutrés et climatisés du palais de Kossyam.

Les autres pouvoirs qu’il faut à Moïse

Cependant, Moïse Miningou a beau être le messie, le sauveur de l’armée burkinabè, il lui manque un atout de taille : il n’est pas le Moïse d’Israël. Manquant donc de cette voix privilégiée qui lui parle depuis un buisson ardent, dénué de la présence divine qui lui cause comme le ferait un voisin de quartier autour d’un thé, Moïse du Burkina aura beaucoup besoin d’autres appuis pour mener à bien sa mission et la réussir.

D’abord, l’équipement des Forces de défense. C’est un secret de polichinelle que l’armée burkinabè ne  bénéficie pas d’un arsenal dont aurait rêvé toute armée. Et un artificier a beau être le plus adroit, le plus téméraire, le plus courageux et le plus extraordinaire de sa génération, il est aussi nu qu’un ver de terre s’il n’a pas une artillerie. Pour faire la guerre, il faut des armes de guerre. Et qui dit armes de guerre, parle, non seulement d’une flotte aérienne digne de ce nom, capable d’agir et de réagir lorsqu’on  a besoin d’elle, d’un arsenal de sol qui protège les soldats sur le terrain et élimine la menace, mais aussi d’un système d’information solide, efficace, efficient et opérationnel. Cette exigence ne peut pas flirter avec le dilatoire et doit être honoré le plus tôt possible.

Enfin, l’arsenal gouvernemental doit faire peau neuve, à commencer par le ministre de la défense en personne. Jean-Claude Bouda ne jouit pas de la popularité nécessaire pour être à la tête de ce département. Trop de bruits, tant de casseroles que de boîtes de tomates, courent sur son compte et ne sont pas de nature ne serait-ce qu’à encourager la troupe. Roch Marc Christian Kaboré doit donc continuer à  faire le ménage. Il doit astiquer son fusil pour en extraire toutes les impuretés qui l’empêchent de percuter.

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