Ismaël Diallo à propos du verdict du procès Sankara « Il me paraît excessif envers Gilbert Diendéré…  »

"Toute personne qui penserait nuire à une autre devrait avoir à l'esprit que justice sera rendue un jour" (Ph DR)

Fonctionnaire international à la retraite, compagnon de Thomas Sankara, Ismaël Diallo a été cité comme témoin dans le procès de Thomas Sankara et 12 de ses compagnons, assassinés le 15 octobre 1987. Suite au verdict qui a été rendu ce 6 avril 2022, Bendré.bf lui a demandé ce qu’il pense du verdict, des conséquences que cela pourrait avoir sur la vie des burkinabè ainsi que les leçons que l’on peut tirer de ce procès qui intervient 35 ans après le forfait.

 

 

Le verdict du procès Sankara vient de tomber. Prison à vie pour Compaoré, Dienderé et Kafando. Comment avez-vous accueilli ce verdict ?

 

Beaucoup estimeront que ce verdict est sévère. Il ne l’est pas pour Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando qui, refusant de comparaitre ont envoyé au Tribunal un message de défiance et de rejet anticipé de la décision. Jugeant en amont que le Tribunal ne serait pas impartial et que leur sécurité ne serait pas garantie. Il me paraît excessif envers Gilbert Diendéré pour le seul fait que celui-ci n’ait pas fui, ni en octobre 2014 ni en septembre 2015. Il s’est ainsi comporté en officier supérieur. Il a également été présent et de bonne tenue à toutes les séances, sauf pendant peu de jours alors qu’il était souffrant.

 

Quelles peuvent être les conséquences d’un tel verdict sur la paix sociale et la réconciliation nationale au Burkina ?

 Ma réponse vous surprendra parce qu’elle sort des lieux communs. Ce verdict conclu un procès issu d’une justice qui nous est étrangère. Plus de 60 ans d’indépendance et nous traînons toujours dans une greffe qui ne prend pas. Tout comme l’éducation, la santé, le commerce et bien d’autres pratiques étrangères à notre civilisation, à nos cultures, à nos us et coutumes, la justice que nous pratiquons avec ses prisons sont une transposition européenne et est toujours perçue par la majorité des nôtres comme un corps étranger imposé. Nous avions d’autres compréhensions et  méthodes de justice, d’autres stratégies pour identifier un coupable, un fautif. Nous avions des voies par lesquelles nous appliquions la justice en incluant la réparation et en préservant le vivre-ensemble. La justice européenne se contente d’identifier le coupable et de décider du verdict. Cette seconde méthode cristallise les antagonismes et les rancœurs. Donc, je ne suis pas un adepte de la justice telle que nous la rendons. Le verdict issu d’une telle justice  fossilise les antagonismes et consolide le lit de la vengeance.

ATTENTION !! Je ne suggère point que justice ne doit pas être rendue. Je ne crois pas à la réconciliation sans la vérité et la justice. Et la justice est de différentes formes et facettes. Elle n’est pas que privation de liberté, pas qu’emprisonnement.

Ce verdict de cette justice ne contribue ni à la paix sociale ni à la réconciliation. Nous devrions être capables d’intelligence pour inventer ou réinventer une autre manière de rendre la justice tout en préservant la paix sociale et en consolidant la réconciliation.

Quels enseignements tirez vous de ce procès, 35 ans après l’assassinat de Sankara et de ses compagnons…

L’enseignement pourrait être que toute personne qui penserait nuire à une autre devrait avoir à l’esprit que justice sera rendue un jour. Toute personne puissante, omnipotente aujourd’hui devrait savoir que demain elle ne le sera pas et pourrait se retrouver à la merci de la  personne dominée, opprimée, humiliée hier. Chacun devrait penser au souvenir qu’il voudrait laisser après lui…

Propos recueillis par Fatim Traoré

 

Tags: Verdict procès Sankara, Ismaël Diallo, Diendéré,

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