Les femmes de Yamtenga entendent voter malgré les ''mensonges'' des politiciens

Ici, certains femmes disaient passer souvent 72h sans avoir la moindre goutte d'eau, notamment en période de chaleur. (Photo d'illustration)

 Dans quelques jours, les burkinabè iront choisir le futur locataire de Kosyam. Comment les femmes de Yamtenga, quartier périphérique de la capitale burkinabè vivent cette campagne électorale ? Quelles sont leurs attentes vis-à-vis du nouveau président ?  L’accès à l’eau, la santé, la sécurité et le chômage sont revenues au menu de leurs préoccupations. Nous y avons fait un tour.

« Pendant les élections, les politiciens nous flattent en nous promettant des choses qu’ils ne réalisent pas une fois élus. Ils mentent et mettent de l’air dans notre tête (vendeur d’illusion), a tambouriné Agnès Tapsoba qui échangeait avec d’autres femmes devant sa porte à Yamtenga. Menant visiblement le débat, Mme Tapsoba semble remontée contre les politiciens. « La dernière fois, nous avons appris qu’ils ont recensé des femmes pour leur donner du riz, c’est quoi ce haram ? Est-ce seulement pendant les élections que nous mangeons ?  Hier des femmes sont allées à un meeting de 14h jusqu’à 18h et c’est 1000f CFA que chacune a eu. Moi en tout cas, je n’irai pas, si je pars à ce genre de meeting, que la foudre ne me laisse pas », a-t-elle explosé sous le fou rire des autres femmes. A l’entendre, cela fait trois jours qu’elles n’ont pas d’eau. « On nous dit de venir au meeting : si tu ne te laves pas est-ce que tu peux aller t’arrêter devant les gens avec tes habits sales que tu veux soutenir un candidat ? », nous a-t-elle interrogé.

Pour elle, le président qui sera élu doit se pencher sérieusement sur le cas des femmes des « zones non lotis ». « Nous n’avons pas de travail, nous n’avons pas à manger. Pour se soigner aussi c’est difficile. On dit d’éviter l’auto-médication. Tu pars aussi à l’hôpital, le médecin te prescrit une ordonnance puis prend son cachet pour faire: Pam !!!. Tu te rends à la pharmacie et on dit que ça fait 15000 ou 20000fcfa. Quelqu’un qui n’a pas à manger peut trouver cette somme où? », a-t-elle martelé. Elle a donc demandé au futur président de trouver du travail aux femmes. « Peu importe le travail, même si on nous dit de vider les WC pour qu’on nous paye, on le fera parce qu’il n’y a pas de saut métier », a-t-elle assuré sous l’ovation des autres femmes avant d’ajouter : « Nous ne souhaitons pas être parmi celles à qui on tend 1000FCFA pour aller suivre un meeting ».

 »Nous sommes fatigués de l’insécurité »

En plus du travail, les femmes souhaitent que le problème de sécurité soit résolu car elles sont fatiguées de voir tous les jours, des jeunes mourir à la fleur de l’âge. « Nous avons peur pour nos enfants qui sont dans les zones à problèmes. Ceux qui sont censés s’occuper de nous, ce sont eux qu’on tue. Ceux en qui nous plaçons nos espoirs, ce sont eux qu’on tue. Nous sommes fatiguées de cette situation », a déploré Mme Noaga Simporé.

Toujours dans cette ambiance, elle aperçut sa voisine qui était chez elle en train de faire sa lessive et lui balança : « viens, ils (les journalistes) sont en train d’échanger avec nous pour connaître nos attentes par rapport au futur président ». Visiblement pas intéressée, celle-ci continua sa lessive. Mme Simporé se retourna pour dire aux autres femmes : « attendez, je vous promets qu’elle va venir ici tout de suite. Elle relança sa voisine en changeant de stratégie cette fois-ci: « tu es là-bas non, ils (nous) sont en train de donner 2000f à chaque femme ». En attendant cela, la bonne dame ne se fera pas prier pour nous rejoindre. Quand elle est arrivée, les autres ont éclaté de rire en se moquant d’elle : « c’est toi qui aime l’argent plus que nous. Viens répondre aux questions ici ».

A la question de savoir ce qu’elle attend du futur président, Mme Salembéré, indexant un grand faussé qui se trouve aux alentours répondra : « Vous voyez le faussé, cela fait plusieurs années qu’il est là. De nombreux enfants y sont tombés. Certains même ont perdu la vie. Il y a des moments où tu veux sortir, mais tu n’oses pas parce que tu n’auras pas l’esprit tranquille sachant tes enfants dans les parages. Nous demandons aux autorités de nous aider à le boucher ».  Se prononçant également sur la gratuité elle confia : « Ils ont dit que les soins et les médicaments sont gratuits pour les enfants de 0-5 ans mais ce n’est pas le cas dans certains hôpitaux. Tout ce qu’ils donnent aux gens, c’est du paracétamol et de l’amoxicilline. Si tu pars en consultation et qu’on te donne une ordonnance, arrivé à la pharmacie, on te dit qu’il n’y a pas ce produit et de sortir chercher », a-t-elle déploré. De ce fait, elle souhaite que les futures autorités revoient cette question de gratuité pour soulager la peine des femmes.

Même si les politiciens ne tiennent jamais leur promesse selon les femmes de Yamtenga, elles iront quand même choisir le futur locataire de Kosyam dimanche prochain.

Aïda Ouattara

 

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