Les Koglwéogo,  grands oubliés de la campagne électorale au Burkina

Ph DR

Un sujet qui a fait beaucoup parler au Burkina Faso ces derniers mois et années est sans doute celui des groupes d’autodéfense contre l’insécurité dans les villes mais surtout dans les campagnes. Adulés par les uns, décriés par les autres, ces groupes dénommés « Koglwéogo » (les « gardiens de la brousse » en « mooré », langue nationale la plus parlée), semblent pourtant les grands oubliés de la campagne électorale en vue du scrutin couplé du 22 novembre qui s’achève. Pourquoi ce sujet qui défrayait il y a si peu la chronique au pays des hommes intègres semble soudain devenu un sujet tabou pour les candidats à la magistrature suprême ? Tentative de réponse.

On s’attendait à ce qu’ils fassent partie des sujets phares de la campagne électorale en vue du scrutin couplé du 22 novembre. Mais à la veille de cette consultation électorale, sauf erreur de notre part, aucun des 13 candidats à la magistrature suprême n’a encore évoqué la question des koglwéogo lors de ses différents meetings. Ces groupes d’auto-défense sont pourtant un sujet de société qui a polarisé et qui polarise encore les débats au pays des hommes intègres. Certes, ils ne font plus l’actualité comme à leur apparition au cours de l’année 2015 et les années qui ont suivi. Bien-sûr, la question du terrorisme et son lot de milliers de déplacés internes les ont probablement relégués au second plan. Enfin, leur intégration dans la police de proximité par un décret du 14 novembre 2016 devait en principe clore le débat et les polémiques sur le sujet. Mais c’est loin d’être le cas. En effet, les Koglwéogo continuent bien souvent de se comporter comme des milices hors-la-loi dans un Etat qui se veut pourtant de droit comme le Burkina Faso. Pourquoi alors la problématique de ces groupes d’autodéfense ne fait pas débat lors de cette campagne électorale ?

Un sujet sensible

Si aucun des « présidentiables » à l’élection du 22 novembre ne veut se prononcer sur le sujet, c’est certainement parce qu’aucun d’entre eux ne veut se risquer sur un sujet aussi sensible que celui des Koglwéogo. Simon Pierre Doamba, chargé d’étude au Centre pour la gouvernance démocratique (CDG), prévoyait d’ailleurs chez nos confrères de la fondation hirondelle au Burkina Faso, que le sujet allait être reléguée au second plan lors de la campagne électorale. Le chercheur disait en substance que « ceux qui veulent conquérir le pouvoir ne vont pas aborder la question. Vous n’allez pas voir une différence d’opinion sur ces éléments entre majorité et opposition. Personne ne veut les toucher ».

Ainsi, les Koglwéogo font partie de ces sujets comme la question ethnique et religieuse qui sont des sujets tabous au Burkina Faso. En effet, bien que ces sujets ne fassent pas consensus au sein de la population burkinabè, les leaders politico-religieux et autres intellectuels se gardent d’aborder publiquement les questions qui divisent en dehors de certains cercles plus ou moins restreints. Si cette manière d’agir a permis jusqu’à présent de sauver l’apparence ou plutôt l’essentiel, ou si « jusqu’ici l’Eternel nous a secourus » pour reprendre une parole de la Bible (1 Samuel 7, 12), on peut se demander jusqu’à quand cela peut tenir ?

Eviter un autre Yirgou

On ne doit d’ailleurs pas oublier que les Koglwéogo par certains actes ont sérieusement mis à mal le vivre ensemble dans certaines localités du Burkina Faso. Le cas de Yirgou où ces groupes d’autodéfense s’en sont pris violemment à la communauté peuhle avec le bilan que l’on connaît est toujours vivace dans la mémoire collective des Burkinabè. Pour toutes ces raisons, les différents candidats engagés dans la course à la magistrature suprême se devaient de se prononcer sur les koglwéogo. S’ils n’ont pas eu peur de se « mouiller » sur la question des terroristes en promettant pour certains de négocier avec eux et pour d’autres de ne jamais négocier avec les terroristes, cette même démarche devait les animer sur toutes les questions qui divisent aujourd’hui la société burkinabè. Dans les démocraties qui se respectent en effet, c’est durant la campagne électorale que les différents candidats exposent leur projet de société et se prononcent sur les enjeux de l’heure. Mais comme toujours chez nous, la campagne électorale est plus caractérisée par les concerts musicaux que par un débat d’idées et de projets de société.

Fidwende Sawadogo

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