Présidentielle 2020 : La débandade des partis sankaristes

Où sont passés les sankaristes ? Depuis ces 20 dernières années, c’est bien la première fois que les partis se réclamant de l’idéal sankariste sont absents à une élection présidentielle. Cette grande absence des sankaristes au plus grand rendez-vous politique de notre pays sonne-t-elle la mort définitive des sankaristes sur l’échiquier politique burkinabè ?

A la présidentielle de 2005, 3 candidats se réclamaient au moins de l’idéal du père de la Révolution du 4 août 1983. Il s’agissait de Me Bénéwendé Sankara, du defunt Norbert Michel Tiendrébéogo et de Nayabtigungou Congo-Kaboré.  Si le 1er était arrivé avec près de 5% des voix, le second lui s’était retrouvé avec un peu plus de 1% et Congo-Kaboré lui fermait le peloton des 12 candidats à la présidentielle de 2005 avec 0, 32% des voix. Ces 3 sankaristes avaient totalisés 140 875 voix sur un nombre total de votant estimé à 2 262 899.

Malgré ces décevants résultats au regard de l’espoir que suscite l’idéal sankariste, des candidats se réclamant de Sankara se présenteront à nouveau 5 ans plus tard, c’est-à-dire à la présidentielle de novembre 2010. Il s’agit encore de Bénéwendé Sankara et de Boukary Kaboré dit Le Lion. Me Sankara obtiendra 6, 34%, soit 107 331 voix et Le Lion 39 188 voix soit 2,31% pour des votants estimés à 1 773 151 personnes. La satisfaction qu’ils avaient tirée était qu’à deux, ils ont amélioré le score de 2005 (140 875), en passant cette fois à 146 519 voix, soit un surplus de 5644 nouveaux électeurs.

Cette année, Me Sankara a préféré battre campagne aux côtés du candidat du MPP, le parti au pouvoir.

2015 : La grande désillusion

Puis vint 2015. Une année après une insurrection populaire où l’image et l’idéal sankariste était plus que jamais omniprésent et où Blaise Compaoré, l’un des suspects sérieux dans l’assassinat de Thomas Sankara venait d’être chassé du pouvoir. C’était l’occasion rêvée pour les sankaristes de prendre leur revanche. Ils avaient même réussi un coup de communication à travers la Convention sankariste qui s’est déroulée sous les yeux de la veuve Mariam Sankara. Une première, qui avait acté le rassemblement des sankaristes et la présentation d’un candidat unique. Malheureusement, l’éléphant annoncé est arrivé boiteux. La déception sera encore plus grande. Et pour cause.

A cette élection était à nouveau présent Me Bénéwendé Sankara, qui se présentait comme le candidat des insurgés. Et un autre sankariste qui lui, était à sa première expérience. Il s’agit du défunt Jean Baptiste Natama. Tout comme en 2010, les sankaristes tenaient ainsi leurs deux ambassadeurs à la présidentielle. Résultats en fin de course ? Bénéwendé Sankara qui était à sa troisième participation est complètement laminé avec 86 459 voix, soit 2,77%. Quant à Natama dont la candidature avait pourtant fait sensation sur les réseaux sociaux, il s’en sortira avec 42 497 voix soit 1,36%. Pour 2015 donc, les Sankaristes s’en sont tirés avec au total 128 957 voix, donc moins qu’en 2005 et en 2010 ? Une grosse désillusion.

2020, l’année du déclin ?

Mais que se passe-t-il vraiment avec les sankaristes ? Les Burkinabè aiment-ils vraiment les idéaux de Sankara ? Sont-ils toujours à la recherche du sankariste idéal ? Les sankaristes ont-ils eu peur de l’ensemble de ces résultats qui s’effritaient au fil des ans ? Toujours est-il qu’en 2020, les héritiers de Sankara ont simplement déserté le ring du combat politique, du moins pour la présidentielle. Aucun parti sankariste n’est sur la liste des candidats. Me Bénéwendé Sankara a lui décidé de rejoindre la majorité présidentielle de Roch Kaboré avec arme et bagage.  Boukary Kaboré lui a vu sa candidature rejetée par la Commission électorale nationale indépendante.  D’autres leaders sankaristes tels Jean Hubert Bazié ou encore Mamadou Kabré ont simplement rejoint la remorque du libéral Zéphirin Diabré.

Certes, des candidats tels Me Ambroise Farama ou Claude Aimé Tassembédo se disent proches des idées de Thomas Sankara. Mais ces derniers ne se réclament pas formellement de l’idéal sankariste. Du reste, le candidat de la majorité Roch Kaboré ne se réclame-t-il pas aussi grand défenseur de l’héritage de Sankara ? Assiste-t-on donc à la mort définitive des partis ou mouvement sankariste ? L’espoir est-il permis avec l’entrée en jeu de la jeune génération incarnée par le Mouvement SENS conduit par Me Guy Hervé Kam? Dans tous les cas, sur le plan politique, 2020 apparait comme la pire des années pour l’ensemble du mouvement sankariste, pourtant en plein renaissance grâce au travail abattu par le Comité international Thomas Sankara qui vient lui aussi, malheureusement de perdre son président d’honneur John Jerry Rawlings ? Une prémonition ? Osons croire que non.  Pour conjurer le sort, une solution peut-être : Sankariste de tous les bords, taisez vos contradictions secondaires, unissez-vous autour de l’essentiel, l’héritage du capitaine Isidore Noel Thomas Sankara.

Par Inoussa Ouédraogo

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