Abdoulaye wade et son dernier baroud d’honneur

Former Senegalese president Abdoulaye Wade waves as he arrives at his party headquarters, in Dakar, on February 7, 2019. Abdoulaye Wade returns to Senegal ahead of the presidential election, in which his son's candidacy has been rejected. Presidential elections in Senegal will be held on February 24, 2019. / AFP / SEYLLOU

Abdoulaye Wade, l’ancien président sénégalais s’est lancé un dernier défi. Celui d’empêcher la réélection de son ex-premier, l’actuel président en exercice Maky Sall qui est candidat à sa propre succession lors du scrutin du 24 février prochain. Pour cela, l’homme du sopi (changement en wolof), président du Sénégal (2000-2012) est rentré au pays le jeudi 7 février dernier. C’est la première fois qu’il remet les pieds dans son pays depuis plus d’un an.

 

Ainsi, à 92 ans et à deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle, « Gorgui », (« le vieux » en wolof), comme le surnomment les Sénégalais, n’a qu’un objectif en tête : empêcher la tenue du scrutin. « Vos cartes d’électeurs, c’est de la fraude ! Rendez-vous dans les bureaux de vote samedi [veille de l’élection] et brûlez-les. Brûlez aussi celles de vos familles ! », a-t -il lancé au millier de personnes venues l’écouter pendant plus d’une heure devant le siège de son parti selon un écrit de nos confrères du Monde. La raison est que le président Wade accuse le gouvernement de son pays de détenir deux fichiers électoraux, permettant au président-candidat Macky Sall de s’offrir « 317 540 voix supplémentaires ». Il avait déjà tenu des propos forts dans une vidéo publiée mardi 5 février depuis la France : « Nous avons choisi de nous opposer à la tenue d’une élection entièrement fabriquée dans le seul but de faire réélire le président sortant Macky Sall. »

En clair, le retour au pays de Me Wade revêt une couleur de revanche. Premièrement, il veut prendre sa revanche sur Macky Sall qu’il n’a jamais pardonné de l’avoir battu lors de l’élection présidentielle de 2012, après avoir été destitué du parti par le même Abdoulaye Wade qui briguait un inconstitutionnel troisième mandat. Deuxièmement, il reproche à son ancien premier ministre et protégé politique d’avoir instrumentalisé la justice pour faire condamner en 2015 son fils Karim Wade à six ans d’emprisonnement et 210 000 millions d’euros d’amende pour enrichissement illicite. En effet, écrit le Monde, dans sa vision dynastique, Abdoulaye Wade voulait faire de son fils son successeur à la tête de l’Etat. Il lui avait déjà permis, durant son deuxième mandat, d’accéder à des portefeuilles ministériels conséquents qui avait valu au fils le sobriquet de « ministre du ciel et de la terre ». Ce qui ne l’a pas empêché dans son allocution vidéo du 5 février de dénoncer un Macky Sall mettant ses propres proches à des postes « mangeoires ». Après ce retour, Abdoulaye a déroulé son plan d’action pour les jours à venir, composé de visites « chez les gouverneurs et les préfets pour leur faire savoir que nous ne sommes pas d’accord avec ces élections ». Dès vendredi 8 février, il le mettait en action, en allant rendre visite au calife général des mourides dans la ville sainte de Touba, l’une des plus influentes confréries soufies du pays et dont les consignes de vote, mêmes implicites, sont strictement suivies par les fidèles.

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