Fait divers : La bouche d’un enfant

La bouche cachée d’un enfant couve rarement la vérité. D’apparence innocente, donc considérée comme inoffensive, elle peut se révéler dangereuse à certains moments pour certaines personnes. Expérience.

Dans cette localité du Plateau central, un couple vit heureux. La femme est employée de banque et l’époux sert sous les drapeaux. Il embarque pour une mission à l’extérieur d’une année. La femme, bien que rongée par l’inquiétude et la peur de l’ère de solitude qui s’ouvre sous ses yeux avec leur enfant d’à peine un an 10 mois, domine néanmoins ses sentiments et dit au revoir à sa moitié le sourire dans le cœur et dans les yeux.

La résistance

Les six premiers mois, grâce aux moyens de communication offertes par Internet, ils gardent le contact. S’écrivent dès qu’ils peuvent pendant la journée et passent de longues heures « ensemble » les nuits. Carole supporte plus facilement la séparation et la distance.

Mais c’est connu. La nature a horreur du vide. Huit mois après le départ de son époux, le vide commence à se faire sentir. La chaleur de l’enfant ne suffit plus à réchauffer la fraîcheur du lit conjugal. Des pensées qu’elle refoule de toutes ses forces reviennent au galop et l’assaillent de toutes parts. Elle garde dans sa mémoire, les baisers de son mari, les caresses de son époux, la voix douce caressante et rauque de sa moitié à son oreille, le parfum viril de son compagnon, les blagues de son ami qui la font rire aux éclats et aux larmes et leurs jeux pour combattre ces pensées coupables et indignes d’une épouse fidèle et aimante.

Mais si les choses ne tiennent qu’à elle, la patience, la persévérance et la rigueur de vie personnelle auraient pu la préserver de ce qu’elle veut éviter par tous les moyens. Mais voilà qu’un matin, un jeune voisin de 25 ans l’aide à pousser sa moto tombée en panne de carburant. Il  se montre prévenant, gentil. Si gentil que dans un élan de reconnaissance, Carole lui propose de passer le soir manger du tô.

Mais allant à la banque par la suite, la jeune femme se dit que ce n’était pas une très bonne inspiration de sa part. Pour être en paix avec sa conscience, elle informe son mari de la visite qu’elle s’apprête à  recevoir. Son époux, depuis sa mission, ne trouve aucun inconvénient. Cela lui permet de tromper un peu sa solitude et c’est bien une bonne occasion pour remercier ce si bon Samaritain.

Carole pousse un soupir de soulagement. Le soir donc, elle cuisine un bon plat de tô à la sauce gombo frais et se surprend par la suite à prendre une douche et à se parfumer pour attendre son invité. Elle se morigène que ce n’est pas une bonne idée. Puis, elle finit par se dire que c’est normal et qu’elle doit être présentable pour faire honneur à son mari.

L’invité arrive donc à l’heure prévue. Le dîner se passe en toute convivialité. Mais le petit garçon n’apprécie pas la présence de cet homme qui ne ressemble pas du tout à son père, ou en tout cas, au visage qui accompagne généralement sa mère à cette heure de la nuit.

Il le manifeste en restant collé à  sa maman et en jetant des regards meurtriers à « l’intrus » chaque fois que ce dernier se saisit d’une cuiller, d’un couteau ou d’une fourchette pour se servir à manger. Puis l’horloge de l’enfant étant la plus forte, le bébé finit par s’endormir dans les bras de sa maman. Celle-ci le coucha dans la chambre et revient voir son invité.

La tentation

C’est alors que la SONABEL décide de priver la maison de son précieux électrique, plongea le domicile dans la pénombre. Carole se met alors à tâtonner pour chercher son téléphone. Et dans l’obscurité ambiante, ses mains touchent autre chose que l’appareil et ses lèvres s’appuient sur celles de son invité. Et à son grand désarroi, au lieu de reculer, de fuir, de s’excuser et de s’éloigner de ce mâle, son corps a une autre réaction. Totalement opposée à ses principes et diamétralement dangereuse pour l’estime qu’elle a d’elle-même.

Un baiser s’échange fougueusement. Les mains de Carole ne lâchent plus la poitrine du jeune voisin et l’instant d’après, ils se retrouvent l’un sur l’autre, au sol, dans une étreinte des plus brutales, les mains de l’une cherchant fébrilement à défaire les habits de l’autre, dans un concert de gémissements, de chocs de dents, entrecoupé par la trompette stridente des moustiques.

C’est au moment où l’inconcevable va se produire que la SONABEL relâche ce qu’elle avait capturé. L’électricité revient au galop et allume les lampes du salon. Carole et son jeune voisin se découvrent soudain, se regardent, se contemplent, scrutent leurs habits froissés, les cheveux hirsutes de la jeune épouse, le pantalon presque défait de l’homme, la jupe retroussée jusqu’à mi-cuisse de la femme, puis d’un geste brusque, comme s’ils viennent de se réveiller d’un rêve, se séparent.

Les deux se précipitent pour remettre leurs habits en ordre, tout en sortant des excuses, des demandes de pardon :

– Je demande pardon ! C’est de ma faute ! Je suis mariée et je n’aurais pas dû te faire ça !

– Non, c’est moi qui m’excuse ! Je sais que tu es mariée et surtout, tu es mariée à un homme qui est en train de risquer sa vie pour notre sécurité. Il n’est pas normal, il est impardonnable que je lui fasse ça dans son dos. Toutes mes excuses ! ça ne se reproduira plus !

– Oui ! Dans tous les cas, on n’a rien fait !

– Oui ! Heureusement que la SONABEL est revenue à temps !

– Et que personne ne nous a vus !

C’est alors qu’ils remarquent qu’ils ne sont pas seuls. Ils se regardent, puis regardent le jeune enfant assis dos au mur, les fixant du regard.  Ils poussent un soupir de soulagement.

– Bof ! Ce n’est qu’un enfant !

Révélation

Le jeune homme quitte la cour séance tenante. Et c’est la dernière fois qu’il y met les pieds. Il déménage du quartier.  Trois mois plus tard, l’époux est de retour. Il est fêté avec joie. Sa femme se félicite de ne l’avoir pas trompé.

Un jour, le mari entreprend des réfections dans sa maison. Il loue les services d’un menuisier. Lorsque ce dernier arrive dans la cour, Carole manque un battement de cœur. Car, il s’agit de son jeune voisin. Mais ils jouent les parfaits inconnus. Jusqu’au moment où l’époux embrasse sa femme, que le fils entraîne son père vers le jeune voisin et lui tient ce babillage :

– Maman, tonton… bisou ! Maman, tonton… bisou… bisou !

Warpaga

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