Tragédie de Yirgou: Pieuvre à multiple têtes

Les auteurs des assassinats de quelque bord qu’ils soient, doivent être retrouvés, arrêtés, jugés et sanctionnés.

Les auteurs des assassinats de quelque bord qu’ils soient, doivent être retrouvés, arrêtés, jugés et sanctionnés.

Des Burkinabè se sont tristement illustrés pour inaugurer la nouvelle année. Près d’une cinquantaine d’âmes ont été arrachées à la vie, maculant de sang le visage à peine lavé de 2019. Une tragédie qu’il convient d’analyser sous toutes les coutures, avec calme, patience et sans passion, pour trouver les remèdes pour qu’elle ne se répète plus.

Yiourgou. Centre-Nord du Burkina Faso. 2019 est en train de faire des salamecs pour entrer dans l’univers et des choses. Des individus armés débarquent chez le chef de village. Il est connu. Il est respecté. Il est même aimé puisqu’il est un guérisseur. Le vieil homme est tué. Son fils aussi. Quatre autres personnes seront passés aussi par les armes.

Deux membres des koglweogo sont aussi tués, alors que les premières secondes de la nouvelle année caressent les chaumières de ce village niché dans le Sanmantenga. Pendant que des vœux de bonheur pleuvent dans plusieurs localités du Burkina, dans cette portion du pays, c’est  plutôt le deuil qui frappe à la porte des familles de ces personnes.

Lorsque le soleil de 2019 a dardé ses rayons sur Yiourgou, elle a éclairé la colère des habitants. Une colère aveugle ? Quoi qu’il en soit, il est vite établi que les assassins sont des terroristes. Il est vite tiré aussi comme conclusion que ce ne sont pas des ressortissants « pur-sang » de Yiourgou qui ont commis ce forfait, cet acte innommable. C’est bien des « étrangers » et ce sont bien évidemment des « Peulhs », puisqu’ils ont repris la route en direction du Soum, Tongomayel, fief avéré de ces Burkinabè  aux signes ethniques particuliers.

Les conclusions de la terreur

Conclusion (hâtive ?) : ces Peulh du Soum ne peuvent pas venir commettre un forfait à Yiourgou sans ceux de leur ethnie qui habitent dans ce village, qui, d’ailleurs, « ont demandé le gîte » aux « autochtones », ne soient au courant, et pire, complices. Peut-être que les auteurs du forfait sont toujours là, à côté, dormant sous leur nez.

Ces hommes veulent donc implanter au Centre-Nord ce qu’ils ont inséré dans le corps du grand Sahel et dans l’organisme sacré de la région de l’Est ? Comment et pourquoi les fiers habitants du Sanmatenga pourraient accepter une pareille forfaiture dans leur habitat ? Cela est passé comme une lettre à la poste dans les autres régions, mais il n’est pas question qu’elle prolifère, qu’elle étende et déroule ses vénéneuses tiges rampantes et parasitaires dans cette parcelle du pays. La meilleure façon de tuer un dragon, c’est de l’étouffer dans l’œuf. La technique la plus simple pour arrêter un feu de brousse, c’est de sacrifier une partie de la brousse en brûlant ce que le feu vient brûler. Eh oui ! Pour empêcher une gangrène, qui a touché un orteil, de gagner un second orteil ou même le tibia ou la cuisse, c’est d’amputer la jambe atteinte. La couper. Cela fait mal. C’est un mal nécessaire. Un moindre mal.

Ils devaient donc payer. De plus, on ne peut s’en prendre impunément aux koglweogos. Ce crime devra donc être payé. Par le sang. Dans le sang.

Et voilà une furie qui s’abat sur tous les hameaux abritant des peulh, tuant, semant la terreur et commettant des actes qui ravalent l’être humain au rang de la bestialité. Des actes qui font que les Burkinabè dignes de ce nom baissent la tête de honte devant leurs enfants et devant l’étranger. Des actes qui font que le Moaga à Ouagadougou est gêné face à son gendre qui est peulh et à son petit-fils qui entend dans ses veines le clapotis des deux sangs mêlés de ces deux composantes qui  font que le nom « Burkina Faso » a un sens.

Certains, pour se dédouaner, diront que ce sont des koglweogos qui sont les auteurs de cette barbarie sans nom au Centre-Nord (le nombre de morts importe peu, une particule de vie arrachée est un crime  indélébile). Mes les koglweogos ne sont-ils pas des Burkinabè ? Du reste, les  koglweogos ne sont-ils pas des mandataires de mandants qui sont burkinabè, qui sont ressortissants de Yiourgou ? Ne sont-ils pas burkinabè ?

Et en fin de compte, les koglweogos ne sont-ils pas autorisés par le gouvernement burkinabè ? Ils sont légalisés, acceptés, adoubés et même caressés. De fait, le gouvernement burkinabè, dirigé par le Premier ministre Paul Kaba Thiéba, lequel est sous la coupe du Président du Faso Roch Marc Christian Kaboré, sont en partie responsables de la suite des évènements dans la journée du 1er et du 2 janvier 2019. Ils ont fait preuve d’un laxisme notoire, d’un silence coupable et d’un attentisme encourageant devant le torrent de feu qui s’est abattu sur les communautés peulhs.

Que craignaient-ils en faisant intervenir les forces de défense et de sécurité pour constituer une force tampon et limiter le carnage ? Que les koglweogo ne dégainent contre les forces armées ? Ou cette « purge » qui ne veut pas dire son nom sert quelque part des intérêts obscurs inaccessibles à la compréhension du commun des Burkinabè ?

Roch Kaboré doit agir

Du reste, la même équipe dirigeante est responsable en amont puisque si elle avait mis les moyens pour assurer la sécurité du territoire, son inviolabilité, des individus ne se seraient pas hasardés à aller semer la mort dans d’innocentes, créant le déclic d’un déluge de non humanité entre des hommes et des femmes qui avaient jusque-là trouvé les ressources pour se supporter et vivre ensemble.

L’équipe gouvernementale a raté le début du film, mais elle doit vite rattraper ce train fou avant qu’il ne fonce faire d’autres dégâts plus dommageables dans la prochaine gare. Et celle-ci s’appelle la tentative de revanche des Peulh qui pourraient ressentir un sentiment légitime de révolte. Elle s’appelle aussi la manifestation de cette revanche à travers un soutien désormais indéfectible envers les terroristes, leur apportant gîte, informations et coups de main contre ces frères qui sont devenus leurs ennemis. Et enfin, elle s’appelle une généralisation de ce malaise qui est né au Centre-nord et qui pourrait coûter chèrement aux Burkinabè.

Le Président du Faso Roch Marc Christian Kaboré est donc interpellé. Il faut qu’il réagisse, agisse et convainque. Les auteurs des assassinats de quelque bord qu’ils soient, doivent être retrouvés, arrêtés, jugés et sanctionnés à la hauteur de leur forfait.

En attendant, plaise à Dieu que la sagesse revienne dans le cœur de plus en plus troublé des Burkinabè. Et cela, aux quatre points cardinaux du Burkina Faso. Amen !

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